samedi 20 avril 2013



LETTRE APOSTOLIQUE 
DIES DOMINI
DU SAINT-PÈRE 
JEAN-PAUL II 


Le précepte dominical

46. L'Eucharistie étant vraiment le cœur du dimanche, on comprend pourquoi, dès les premiers siècles, les pasteurs n'ont cessé de rappeler à leurs fidèles la nécessité de participer à l'assemblée liturgique. « Le jour du Seigneur, laissez tout — dit par exemple le traité du IIIe siècle intitulé Didascalie des Apôtres — et courez en hâte à votre assemblée, parce que c'est votre louange à Dieu. Autrement, quelle excuse auront devant Dieu ceux qui ne se réunissent pas le jour du Seigneur pour écouter la parole de vie et se nourrir de l'aliment de vie qui demeure éternel? » (75) L'appel des pasteurs a rencontré généralement dans l'âme des fidèles une adhésion empressée et, si les périodes et les situations n'ont pas manqué où a faibli l'ardeur à remplir ce devoir, on ne peut cependant pas ne pas rappeler l'héroïsme authentique avec lequel prêtres et fidèles ont obéi à cette obligation dans de nombreuses situations de dangers et de restrictions à la liberté religieuse, comme on peut le constater depuis les premiers siècles de l'Église jusqu'à notre époque.

Dans sa première Apologie adressée à l'empereur Antonin et au Sénat, saint Justin pouvait décrire avec fierté la pratique chrétienne de l'assemblée dominicale qui réunissait dans le même lieu les chrétiens des villes et ceux des campagnes.(76) Au cours de la persécution de Dioclétien, lorsque leurs assemblées furent interdites avec la plus grande sévérité, les chrétiens courageux furent nombreux à défier l'édit impérial et ils acceptèrent la mort plutôt que de manquer l'Eucharistie dominicale. C'est le cas des martyrs d'Abithina, en Afrique proconsulaire, qui répondirent à leurs accusateurs: « C'est sans crainte aucune que nous avons célébré la Cène du Seigneur, parce qu'on ne peut y renoncer; c'est notre loi »; « Nous ne pouvons pas vivre sans la Cène du Seigneur ». Et l'une des martyres confessa: « Oui, je suis allée à l'assemblée et j'ai célébré la Cène du Seigneur avec mes frères, parce que je suis chrétienne ».(77)

47. Cette obligation de conscience, fondée sur un besoin intérieur que les chrétiens des premiers siècles éprouvaient avec tant de force, l'Église n'a cessé de l'affirmer, même si elle n'a pas estimé nécessaire de la prescrire d'emblée. C'est seulement plus tard, devant la tiédeur ou la négligence de certains, qu'elle a dû expliciter le devoir de participer à la Messe dominicale: elle l'a fait le plus souvent sous forme d'exhortations, mais elle a dû parfois recourir aussi à des dispositions canoniques précises. C'est ce qu'elle a fait en divers Conciles particuliers à partir du IVe siècle (par exemple au Concile d'Elvire en 300, qui ne parle pas d'obligation mais des conséquences pénales de trois absences) (78) et surtout à partir du VIe siècle (comme cela a été fait au Concile d'Agde en 506).(79) Ces décrets de Conciles particuliers ont abouti à une coutume universelle à caractère d'obligation, comme une chose tout à fait évidente.(80)

Le Code de Droit canonique de 1917 donnait pour la première fois à cette tradition la forme d'une loi universelle.(81) Le Code actuel la reprend, disant que « le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l'obligation de participer à la Messe ».(82) Cette loi a été normalement entendue comme impliquant une obligation grave: c'est ce qu'enseigne aussi le Catéchisme de l'Église catholique,(83) et l'on en comprend bien la raison si l'on considère l'importance que revêt le dimanche pour la vie chrétienne.

48. Aujourd'hui, comme dans les temps héroïques des commencements, des situations difficiles se reproduisent dans de nombreuses régions du monde pour de nombreuses personnes qui désirent vivre leur foi de manière cohérente. Parfois le milieu est expressément hostile, d'autres fois — et plus souvent — indifférent et réfractaire au message évangélique. Le croyant, s'il ne veut pas être accablé, doit pouvoir compter sur le soutien de la communauté chrétienne. Il est donc nécessaire qu'il soit convaincu de l'importance décisive pour sa vie de foi de se réunir le dimanche avec les autres frères afin de célébrer la Pâque du Seigneur dans le sacrement de la Nouvelle Alliance. Il appartient donc spécialement aux Évêques de s'employer « à faire en sorte que le dimanche soit reconnu par tous les fidèles, sanctifié et célébré comme véritable “jour du Seigneur”, où l'Église se rassemble pour renouveler la mémoire de son mystère pascal par l'écoute de la Parole de Dieu, par l'offrande du sacrifice du Seigneur, par la sanctification du jour dans la prière, les œuvres de charité et l'abstention de travail ».(84)

49. Et du moment que, pour les fidèles, participer à la Messe est une obligation, à moins d'empêchement grave, les Pasteurs ont le devoir correspondant d'offrir à tous la possibilité effective de satisfaire au précepte. C'est dans ce sens que sont conçues les dispositions du droit ecclésiastique, telles que, par exemple, la faculté pour le prêtre, ayant reçu l'autorisation de l'Évêque diocésain, de célébrer plus d'une Messe le dimanche et les jours de fête,(85) l'institution de Messes du soir (86) et enfin l'indication selon laquelle le temps utile pour remplir l'obligation commence le samedi soir aux premières vêpres du dimanche.(87) Du point de vue liturgique, en effet, le jour de fête commence par ces vêpres.(88) Par conséquent, la liturgie de la Messe appelée parfois « préfestive », mais qui est en réalité et pleinement « festive », est celle du dimanche, avec l'obligation pour le célébrant de faire une homélie et de réciter avec les fidèles la prière universelle.

Les pasteurs rappelleront en outre aux fidèles que, en cas d'absence de leur résidence habituelle le dimanche, ils doivent se soucier de participer à la Messe là où ils se trouvent, enrichissant ainsi la communauté locale de leur témoignage personnel. En même temps, il conviendra que ces communautés fassent preuve d'un sens de l'accueil chaleureux à l'égard des frères venus de l'extérieur, particulièrement dans les lieux qui attirent de nombreux touristes et pèlerins, pour lesquels il sera souvent nécessaire de prévoir des initiatives spéciales d'assistance religieuse.(89)

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